Additifs dans les croquettes : lesquels éviter ? Le guide
Les additifs dans l'alimentation de nos animaux suscitent de nombreuses questions. Loin d'être tous nocifs, la majorité sont en réalité des nutriments essentiels ou des agents de conservation indispensables, mais une poignée d'entre eux, souvent synthétiques, méritent une attention particulière de la part des propriétaires soucieux de la qualité. Savoir les identifier sur une étiquette est la première étape pour faire un choix éclairé.
Comprendre les additifs : un mal nécessaire ?
Un "additif" est simplement une substance ajoutée intentionnellement à un aliment dans un but technologique, sensoriel ou nutritionnel. Le cadre réglementaire européen, l'un des plus stricts au monde, les classe en trois grandes catégories. Cette classification est essentielle pour comprendre leur rôle et leur intérêt.
Les additifs nutritionnels : essentiels à la santé
Ce sont les plus importants et les plus bénéfiques. Cette catégorie regroupe les vitamines (A, D3, E), les oligo-éléments (zinc, fer, cuivre, sélénium) et les acides aminés (comme la taurine ou la L-carnitine). Leur ajout n'est pas une option, mais une obligation légale et nutritionnelle pour qu'un aliment puisse être qualifié de "complet".
En effet, le processus de cuisson à haute température des croquettes peut dégrader une partie des vitamines naturellement présentes dans les matières premières. Pour garantir que l'aliment final réponde précisément aux besoins nutritionnels du chien ou du chat, tels que définis par des organismes de référence comme la FEDIAF (Fédération Européenne de l'Industrie des Aliments pour Animaux Familiers), les fabricants doivent ajouter un "prémix" de vitamines et minéraux. Sans ces additifs, l'animal développerait des carences graves.
On y trouve également des nutriments fonctionnels comme la chondroïtine et la glucosamine pour le soutien articulaire, ou la taurine, un acide aminé vital pour le cœur et la vision des chats. Voir ces éléments dans la liste des additifs est donc un signe positif, indiquant que l'aliment est formulé pour couvrir tous les besoins de l'animal.
Les additifs technologiques : pour la sécurité et la conservation
Le rôle de ce groupe est de garantir la sécurité sanitaire et la stabilité du produit. Les plus connus sont les conservateurs, dont la fonction est cruciale : ils empêchent les matières grasses de rancir. Une croquette sans conservateur deviendrait non seulement immangeable, mais aussi dangereuse pour la santé de l'animal en quelques jours à peine.
C'est ici que se situe la principale distinction qualitative :
- Les conservateurs naturels : Il s'agit le plus souvent de tocophérols (E306), qui sont simplement une forme de vitamine E. Ils sont très efficaces et parfaitement sûrs. On trouve aussi parfois de l'acide citrique ou des extraits de romarin.
- Les conservateurs synthétiques : Ce sont eux qui posent question. Nous y reviendrons en détail.
Cette catégorie inclut aussi les liants (pour que la croquette se tienne) ou les régulateurs d'acidité, généralement sans danger.
Les additifs sensoriels : pour l'apparence et le goût
Ces additifs visent à améliorer l'appétence (goût, odeur) ou l'aspect visuel de l'aliment. Ils comprennent les arômes et les colorants. Si les arômes peuvent être utiles pour encourager un animal difficile à manger, les colorants, eux, ne servent qu'à plaire à l'œil du propriétaire. Un chien ou un chat se moque que sa croquette soit verte, rouge ou marron ; il se fie à son odorat.
Décrypter l'étiquette : où et comment chercher ?
Pour évaluer la qualité des additifs, il faut se référer à la liste des ingrédients sur l'emballage. Celle-ci se divise en deux parties :
- La "Composition" : Elle liste les matières premières par ordre de poids décroissant (viande, céréales, légumes...).
- Les "Additifs" (ou "Constituants analytiques" suivi de "Additifs") : C'est ici que sont listés, par catégorie (nutritionnels, technologiques, sensoriels), les fameux additifs. Ils peuvent être nommés en toutes lettres ("tocophérols") ou par leur code européen ("E306").
Un code "E" signifie que la substance a été évaluée et autorisée par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) pour une utilisation dans l'alimentation, avec des doses maximales définies. Cependant, "autorisé" ne signifie pas "optimal" ou "exempt de toute controverse".
Les additifs à surveiller ou à éviter
C'est en analysant les additifs technologiques et sensoriels que l'on peut véritablement juger de la philosophie d'un fabricant. Privilégie-t-il des solutions naturelles ou opte-t-il pour des substances synthétiques moins chères mais plus controversées ?
Les conservateurs synthétiques controversés
Ce sont les plus scrutés, car ils sont ingérés quotidiennement sur le long terme.
- BHA (E320 - Butylhydroxyanisole) et BHT (E321 - Butylhydroxytoluène) : Ces deux antioxydants de synthèse sont très efficaces pour prévenir le rancissement des graisses. Bien qu'autorisés par l'EFSA à des doses jugées sûres, ils sont classés comme potentiellement cancérigènes pour l'homme par le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer). Des études sur les animaux de laboratoire ont soulevé des inquiétudes quant à leurs effets sur le foie, les reins et la thyroïde. Par principe de précaution, et alors que des alternatives naturelles efficaces existent (les tocophérols), leur présence est un signal négatif.
- Ethoxyquine : Cet antioxydant puissant a longtemps été utilisé, notamment pour la conservation des farines de poisson. Son autorisation en tant qu'additif direct dans l'alimentation animale a été suspendue dans l'Union Européenne en 2017 en raison d'un manque de données prouvant son innocuité. On peut encore en trouver des traces via des matières premières importées, mais un fabricant de qualité s'assurera que ses fournisseurs ne l'utilisent plus.
Les colorants artificiels : inutiles et potentiellement risqués
Comme mentionné, leur seule fonction est marketing. Ils n'apportent aucune valeur nutritionnelle et peuvent présenter des risques. Des colorants comme la tartrazine (E102), le jaune orangé S (E110) ou le rouge allura AC (E129) ont été associés à des problèmes d'hyperactivité chez les enfants et à des réactions allergiques. Même si les données sont moins fournies chez les carnivores domestiques, leur inutilité totale justifie de les éviter. Une croquette de qualité a une couleur brune naturelle, variable selon les ingrédients.
Les sucres ajoutés et le caramel (E150)
Le sucre peut être ajouté sous diverses formes (saccharose, dextrose, sirop de glucose) pour augmenter l'appétence. Le caramel (E150) est utilisé à la fois comme arôme et comme colorant brun. Or, les chiens et les chats n'ont aucun besoin physiologique de sucre ajouté. Sa consommation régulière et superflue contribue à l'obésité, aux problèmes dentaires et peut favoriser le développement de diabète. C'est le signe d'une recette qui cherche à masquer une faible qualité de matières premières par une appétence artificielle.
Le propylène glycol (E1520)
Cet humectant est utilisé pour maintenir la texture moelleuse des aliments dits "semi-humides". S'il est autorisé pour les chiens, il est strictement interdit dans l'alimentation pour chats dans l'Union Européenne. Il a été démontré qu'il pouvait provoquer une anémie à corps de Heinz chez le chat, une affection grave des globules rouges. Sa présence dans une friandise ou un aliment pour chien, bien que légale, est un indicateur de formulation peu regardante.
Les arômes artificiels non spécifiés
L'étiquette peut mentionner "arômes" ou "substances aromatiques". Si la nature de l'arôme n'est pas précisée (par exemple, "extrait de romarin" ou "hydrolysat de foie de volaille"), la transparence fait défaut. Ces arômes artificiels peuvent être utilisés pour rendre appétente une recette à base d'ingrédients peu qualitatifs. Privilégiez les aliments dont le goût provient de la qualité de leurs ingrédients principaux.
Les additifs utiles et rassurants
À l'inverse, la présence de certains additifs est un gage de qualité et de soin apporté à la formulation.
- Conservateurs naturels : "Extraits de tocophérols tirés d'huiles végétales (1b306(i))" ou "Vitamine E" sont les mentions à rechercher. C'est la meilleure façon de conserver les croquettes.
- Additifs nutritionnels ciblés : La taurine (pour tous les chats et certaines races de chiens), la L-carnitine (soutien du métabolisme), la chondroïtine et la glucosamine (articulations) montrent une formulation avancée.
- Prébiotiques : Les FOS (fructo-oligosaccharides) et MOS (mannan-oligosaccharides) sont des fibres qui nourrissent les bonnes bactéries de l'intestin. Leur présence est un plus pour la santé digestive.
Marketing vs. Qualité : ne tombez pas dans le panneau
Certaines mentions comme "naturel" ne sont pas réglementées de manière stricte et peuvent être trompeuses. Un aliment contenant du BHA peut tout à fait être marketé comme contenant des "ingrédients d'origine naturelle". De même, "sans OGM" est souvent un argument marketing, car l'utilisation d'OGM est déjà très encadrée en Europe.
Le vrai signal de qualité n'est pas dans ces slogans, mais dans une liste d'ingrédients transparente et une liste d'additifs courte, claire et dominée par les additifs nutritionnels et les conservateurs naturels. En tant que vétérinaire nutritionniste, mon conseil est simple : privilégiez les aliments dont vous comprenez chaque ligne, et fuyez ceux qui masquent la médiocrité de leurs ingrédients sous une avalanche d'additifs synthétiques inutiles.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Quels additifs éviter dans les croquettes ?
Principalement les conservateurs chimiques BHA (E320), BHT (E321) et l'éthoxyquine, les colorants artificiels, les sucres ajoutés, le caramel et le propylène glycol.
Le BHA et le BHT sont-ils dangereux ?
Ce sont des antioxydants de synthèse controversés. Beaucoup de fabricants premium les ont remplacés par des conservateurs naturels comme les tocophérols (vitamine E). Dans le doute, privilégiez ces derniers.
Tous les additifs sont-ils mauvais ?
Non. Les vitamines, minéraux, oligo-éléments, prébiotiques (FOS, MOS) et la taurine sont des additifs nutritionnels utiles, parfois indispensables à un aliment complet.
Comment repérer les additifs sur l'étiquette ?
Cherchez la rubrique 'additifs' et les codes E. Une liste courte avec des conservateurs naturels est un bon signal ; une longue liste de colorants et d'arômes artificiels, beaucoup moins.
'Naturel' ou 'sans OGM' sont-ils des gages de qualité ?
Pas en soi : ces mentions sont peu ou pas réglementées et relèvent souvent du marketing. Le vrai signal reste la composition détaillée et la note globale de l'aliment.